Chapitre 2 : Le fiancé
--- Ecosse, 1859 ---
Les années avaient passées. Lily était rentrée chez elle après l'accouchement. Son père s'était rétabli et avait pu remonter son affaire avec le reste de l'argent. Lily y avait travaillé un temps. Sa soeur était devenue dame de compagnie et s'était mariée. Elle était maman d'un petit garçon et attendait un autre bébé. Lily, quand à elle, était à présent gouvernante pour les cinq enfants du Comte de la ville. Souvent elle repensait à son passé, mais elle essayait de passer outre.
Ce soir, elle rentrait tard chez elle après une longue journée chez les MacNeil. Les enfants avaient été éreintants, jaloux les uns des autres. Ils se chamaillaient tout le temps et seule Lily arrivait à faire la police. Mr et Mme MacNeil l'appréciait par sa franchise, sa simplicité, mais surtout pour le fait qu'elle était la seule à pouvoir contenir leurs enfants. Ils l'en avaient remerciée en l'embauchant à temps plein et en augmentant ses revenus.
“ Maman!
Une petite fille se jeta dans ses bras. Ivy (prononcez “Aïe vi”). 7 ans. Oui, c'était bien sa fille. Un des deux enfants qu'elle avait mis au monde quelques années plus tôt. A son réveil, elle avait aperçut un berceau à côté de son lit, avec sa fille dedans. Aujourd'hui encore, elle se demandait pourquoi...
- Bonjour ma puce, l'embrassa-t-elle sur le front.
- Et ben tu sais quoi? Et ben grand-père, et ben il m'a donné un bonbon au miel !
- Tu l'as remercié au moins ?
- Ben oui, mais il a dit que j'avais pas besoin parce que c'était mon du !
- Comment ça? Demanda-t-elle en se dirigeant vers le salon où son père se reposait.
- Ben oui! Aujourd'hui, et ben j'ai pris les sous des gens et grand-père leur donnait les choses, fit la petite, fière d'elle.
Le père de Lily se leva pour venir à leur rencontre, un grand sourire aux lèvres et un regard fier posé sur ses deux petites femmes.
- Bonsoir Lily.
- Bonsoir papa. Alors comme ça tu fais travailler une petite fille de 7 ans ? Demanda-t-elle, faussement mécontente.
- Je n'ai aucune excuse. Ton futur fiancé est passé au magasin.
- Oui, et même qu'il m'a donné une poupée!! Fit Ivy. Je vais la chercher.
Lily la posa sur le sol et elle partit en courant dans sa chambre.
- Alors qu'a-t-il raconté de beau ?
- Il te passe le bonjour. Il a dit aussi que ses amis vont pouvoir venir à vos fiançailles.
- Non! Je vais enfin pouvoir rencontrer les fameux maraudeurs ?
- Il faut croire...
A ce moment, Ivy revint avec sa nouvelle poupée et la montra fièrement à sa mère.
- Et ben même que c'est un de ses amis qui la faite !
- Elle est toute belle, dis donc !
- Oui !
Lily savait en effet qu'un des amis de son fiancé (futur) faisait des poupées à ses heures perdues. Elle regarda Ivy jouer à la poupée et se rappela sa réaction lorsqu'elle avait découvert son petit bout de chou dans le berceau voisin de son lit. La stupéfaction, tout d'abord, puis les questions, par milliers... Elle ne s'était par préparée à ça ! Mais lorsque la petite avait ouvert les yeux, tous ses doutes s'étaient envolés. C'était sa fille ! Elle l'avait alors prise dans ses bras et avait chassé ses premiers pleurs.
Depuis les jours avaient passés, puis les semaines. Les semaines étaient devenus des mois, les mois des années. Souvent Lily repensait à son petit garçon anglais. Elle aurait voulu le serrer lui aussi dans ses bras, sécher ses larmes, le consoler, lui raconter des histoires. Ce qui la réconfortait, c'était qu'elle était persuadée qu'il était heureux là où il était. Elle se plaisait à imaginer qu'il ressemblait à son père, mais espérait tout de même qu'il avait quelque chose d'elle.
- Allez mistinguette ! Il est tard, au lit !
Après quelques protestations, la petite monta dans sa chambre. Ivy, elle, lui ressemblait beaucoup. Et pourtant, Lily retrouvait chez elle des mimiques de l'inconnu anglais, tel qu'elle l'appelait. Et surtout, elle avait ses yeux : même regard, même expression.
Une fois en chemise de nuit, Ivy grimpa sur son lit et s'emmitoufla dans les draps et couvertures avec sa nouvelle poupée.
- Tu me racontes Cendillon ? Demanda Ivy après la prière.
- J'ai quoi en échange ? Dit malicieusement Lily.
La petite fille sortit des draps et planta un gros bisou sur la joue de sa mère en entourant son cou de ses petits bras. C'était le rituel du soir : un bisou, une histoire. Lily réinstalla la petite puis commença.
- Il était une fois une petite fille qui aimait énormément son papa. Elle s'appelait Cendrillon. Un jour, son père se maria avec une veuve ayant deux filles. Le malheur s'abbatit sur elle quand son père mourrut...
A la fin de l'histoire, Ivy demanda :
- Dis, il va devenir mon papa ?
- Qui?
- Bah, l'Anglais ! (il était appelé comme ça par la famille...)
- Oui, sourit Lily.
- Quand ça ?
- Quand nous serons mariés.
- Chouette, je suis pressée d'avoir enfin un papa !
Lily n'avait jamais occulté la vérité à sa fille, simplement, elle ne lui avait pas tout dit, elle n'avait pas encore l'âge de comprendre tout. Elle savait que son père biologique était anglais, et que ça n'avait jamais été le mari de sa maman et que c'est grace à l'argent de celui-ci si tout était si bien aujourd'hui. Mais elle se demandait pourquoi il avait donné autant d'argent à Lily si ce n'était pas son mari. Bien evidemment, elle ne savait pas qu'elle avait un frère jumeau. Bref...
- Je l'aime beaucoup, moi !
- Oui, moi aussi.
- Bah évidemment que tu l'aimes bien puisque c'est ton futur mari ! Lança la petite fille d'un ton évident, ce qui fit rire Lily.
- Allez, bonne nuit ma puce !
- Bonne nuit maman.”
Lily l'embrassa puis descendit. Après avoir également embrassé son père, elle monta dans sa propre chambre. Elle ne put s'empêcher de penser à son fils... Généralement elle se faisait violence pour éviter d'y penser à ce point, mais quelques fois, comme ce soir, c'était plus fort qu'elle. Elle voulait qu'il soit là, pour le prendre dans ses bras, lui dire qu'elle serait toujours là pour lui, mais... Tout cela était impossible et elle le savait. Elle s'effondra silencieusement en larmes, puis s'endormit quelques temps après.
Le lendemain, Lily avait un jour de congé. C'était dimanche. Après l'office, elle rentra à la boutique où elle remplaça son père. La boutique restait ouverte le dimanche jusqu'à tois heures. C'était en effet le seul endroit de la ville où l'on trouvait du pain et autres victuailles.
“Maman? Je peux t'aider à faire quelque chose? Demanda Ivy alors que plusieurs clients attendait à ce qu'on les servent.
Lily regarda autour d'elle. Non pas qu'elle ne voulait pas que la petite l'aide, mais il y avait trop de clients pour qu'elle prenne le temps apprendre à sa fille le métier. Néanmoins, c'était bientôt l'heure de fermeture.
- Tu peux commencer à ranger ce qu'il y a dehors, si tu veux.
- Oui! J'y vais
Alors qu'elle servait les derniers clients, Lily cru reconnaître une voix qu'elle connaissait bien. Les clients s'en allèrent, Lily rangea l'argent dans la caisse, qu'elle ferma avec la clé.
- Maman! L'anglais est arrivé!
Elle regarda sa fille.
- C'est ce que j'ai cru comprendre, ma puce.
Elle alla pour ranger la caisse.
- Bah, tu lui dit pas bonjour?
- Il faut toujours se faire désirer auprès des garçons ma puce! De plus, il faut que je range la caisse.
- Et tu crois que je vais te laisser t'en tirer à si bon compte? Demanda une voix grave.
- Je l'espérais en tout cas, fit-elle malicieusement en se tournant vers son futur fiancé.
- Bonjour quand même Lily.
- Oui, bonjour Remus.
Il l'embrassa. Lily se sépara de lui le rouge au joues. Ils entendirent un 'oh!' suivi de 'ils sont amoureux! Ils sont amoureux! Ils...'
- Ca va, on a compris, coupa Remus, amusé.
Lily baissa la tête et aperçut deux autres enfants avec sa fille.
- Tu m'as caché que tu avais des enfants? Demanda-t-elle en riant. Remus se joint à elle.
- Voici ma filleule : Jamie et son copain Harry. Il ne voulaient pas rester avec leurs deux pères qui visitent les environs. Comme ils s'ennuyaient, je leur ai proposé de venir avec moi car Ivy est du même âge.
- Dis maman, tu nous donnes des sucettes, hein, dis?
Lily reposa son regard sur les trois enfants. La petite fille, Jamie, était tout simplement adorable avec ses yeux bleu tirant sur le vert et ses cheveux blond foncés. Elle semblait toute timide et tenait fermement la main du petit garçon, Harry, selon les dires de Remus. Et là, Lily se figea. On aurait dit son inconnu en miniature. Seulement à bien y regarder, Harry avait les yeux verts... Et la couleur des yeux de Lily étaient verts. Non! Non... Non... Impossible. La tête tournait à Lily et pourtant, elle détacha son regard du garçon et le tourna vers sa fille.
- J'ai quoi en échange?? Demanda-t-elle en s'accroupissant devant sa fille.
Et le rituel commença : Ivy lui fit un bisous sonore sur la joue. Timidement, Jamie lâcha la main d'Harry et imita sa nouvelle amie, mais Harry resta en retrait continuant à la fixer.
- Bah quest-ce qui a mon grand? Demanda Lily. Je te fais peur?
Le petit garçon secoua la tête, alla vers elle, fit commes les deux petites filles puis dit :
- Non. C'est parce que vous êtes très jolie, madame.
- Merci, rigola Lily doucement.
Elle leur donna une sucette chacun et adressa à sa fille :
- Allez, emmène-les donc faire le tour de tes bêtises!
- Voui!
Elle regarda les trois enfants partir.
- Il a tout à fait raison, dit Remus en s'approchant d'elle et l'embrassant de nouveau. Lily sourit contre ses lèvres.
- Dis-donc, est-il normal que je rencontre les enfants des maraudeurs avant les maraudeurs eux-même??
- Ne t'inquiètes pas, tu les rencontreras assez rapidement. Pour ne pas dire dans l'heure. Je leur ai donné rendez-vous au parc.
- On a qu'a y aller maintenant. Les enfants s'amuseront!
- D'accord.
- Laisse-moi juste le temps de finir de ranger la boutique. Mon adorable fille n'a pas ranger tout ou il fallait.Mais elle est bien gentille tout de même!
- Attends, je vais t'aider.
- Merci!
Dix minutes plus tard, ils s'en allaient tous les cinq vers le parc, après avoir averti le père de Lily. Alors que Lily s'amusait avec les enfants, elle aperçut le comte et la comtesse.
- Bonjour Miss Evans, la saluèrent-ils.
- Mes respects, Comte. Mes respects, comtesse.
- Bonjour Lily!
- Bonjour les enfants.
- C'est votre fille? Demanda la comtesse, qui n'avait jamais vu Ivy. Elle vous ressemble.
- Oui. Ivy? Vient par là.
- Oui maman.
- Voici les gens pour qui je travaille : Mr et Mrs MacNeil.
- Enchantée, monsieur. Ravie madame!
- Nous de même Ivy.
Alors qu'elle retournait avec les deux autres jouer, la comtesse dit :
- Elle est charmante, vraiment.
- Merci.
- Et ces deux autres enfants sont?
- Ceux des amis de mon futur fiancé.
- J'en conclus que vous avez enfin rencontré les maraudeurs.
- Pas encore, mais dans un moment.
- Vous verrez, ils sont charmants.
- Je n'en doute pas, d'après ce que vous m'en avez dit. Excusez-moi, je vais rejoindre les enfants.
- Il n'y a aucun problème, bonne journée, miss.
- A vous aussi. A demain les enfants!
Lily retourna vers les trois autres et continua de jouer avec eux, jusqu'à :
- Jamie!
La petite fille se retourna et couru vers le nouvel arrivant, un jeune homme aux longs cheveux noirs, aux yeux bleus et à l'air séduisant :
- Papa !”
Harry aussi avait crié et se dirigeait vers le deuxième homme, qui la dévisageait littéralement. Lily manqua un battement : c'était son inconnu.